Le patrimoine flottais

Il était une fois… la mer s’arrêtait devant les dunes où est construit le village artisanal et commercial de la Croix Michaud. Certains se souviennent du marais qui n’était pas encore entièrement asséché et des dunes où étaient cultivées quelques vignes et où poussaient des pins servant de jeux aux enfants du quartier.

Malgré l’absence de textes, il est possible d’affirmer que les premières « habitations » sont apparues sur les hauteurs qui entouraient cette baie : les hauteurs de Bellevue et de Beauregard et celles de la Touche et de la Clavette.
En effet, à la fin des années 1800, « en effectuant des travaux de construction et de terrassement dans plusieurs maisons, rue du Puits Lizet… on a mis à découvert des sépultures très anciennes paraissant provenir de l’époque gallo-romaine… des pots… des coupes… des plats… des médailles et monnaies… » (Baptiste BERNARD, Monographie de la commune de La Flotte. 1914).
Plus récemment, lors de travaux effectués à l’ensemble scolaire de la Clavette, des vestiges gallo-romains ont été également mis à jour. Avec le développement de l’agriculture sous l’impulsion des moines cisterciens de l’Abbaye Notre Dame de Ré, dite Abbaye des Châteliers, des fermes importantes furent édifiées sur les hauteurs de Beauregard et de la Touche. Au fur et à mesure des besoins, des constructions furent édifiées le long des chemins vicinaux qui bordaient les champs ou qui conduisaient au havre maritime. Des quartiers virent le jour : Beauregard, Puylizet, La Touche, etc. Pour les besoins commerciaux des paysans, un commerce se développa. Des négociants, des armateurs se sont installés autour du havre. Un port fut construit par M. SENAC de MEILHAN. C’est le long de ce domaine maritime que furent construites les belles demeures des armateurs et de négociants. Aussi, à La Flotte, la notion de village s’inscrit dans un objectif de cohérence et de respect des fondements historiques : la Flotte est un modèle de village rétais : compact, nettement délimité par son contour en « amande », il est structuré par l’axe est-ouest autrefois traversant et nord-sud. Le bâti y est implanté à l’alignement, avec des coeurs d’îlots constitués de cours et jardins. La centralité du village se développe sur le Port, autour du marché, de la mairie et de l’église.
Le village comporte plusieurs pôles historiques : l’abbaye, le port, l’église ; mais c’est autour de son port, entouré de belles demeures que s’est développé le coeur animé de la commune.

Achevée en 1156 dans la tradition romane, l’Abbaye des Châteliers subit de nombreuses reconstructions dues à des attaques successives. En 1294, elle est entièrement détruite par des pirates. En 1388 puis en 1462, les Anglais l’attaquent et la détruisent, elle est alors reconstruite en style gothique. Enfin, elle est endommagée par les protestants en 1574.
Lassés, les moines abandonnent le site qui servira ensuite de « carrière de pierres » pour la construction du Fort de la Prée en 1625.
La même année, les revenus de l’abbaye sont donnés à la congrégation de l’Oratoire Saint-Honoré de Paris. Dès lors, les bâtiments ne serviront que de chapelle dédiée au culte de Saint-Laurent.
À la Révolution, l’abbaye devient bien national : la commune de La Flotte récupère ses vestiges dès 1795.
De 1828 à 1960, le mur de la façade, peint en noir et blanc, sert d’amer aux navigateurs qui fréquentent les pertuis.
Classée Monument Historique en 1990, Notre-Dame-de-Ré, dite l’Abbaye des Châteliers, est le plus vieil édifice religieux de l’île de Ré.

03 Abbaye et paille

Les passages entre l’île de Ré et l’Aunis s’effectuant à partir de port Chauvet, il était logique d’y créer un point fortifié lorsque les guerres de religion obligèrent la royauté à défendre la région ; c’est ainsi que pour reprendre en main la ville de La Rochelle passée au parti huguenot, le roi de France, en 1625, décida de reconquérir l’île de Ré défense avancée de la Rochelle. Le 15 septembre, tandis que la flotte royale mouillait devant Saint Martin et bloquait dans la fosse de Loix la flotte protestante, Jean de Saint Bonnet, seigneur de Toiras, opéra une descente aux Portes et reprit l’île. Nommé gouverneur, Toiras voulut s’assurer d’un point de liaison avec le continent bien défendu et fit ériger un fort au lieu-dit la Prée.
Ce fort de la Prée, construit en un an grâce aux corvées (réquisitions de la population de La Flotte), avec des pierres provenant de l’abbaye des Châteliers, se présente sous la forme d’une étoile à quatre branches constituée donc de quatre bastions reliés par de petites courtines en demi-cercle concaves, ainsi que de logements, magasins, chapelle et port entièrement réalisé en pierre de taille. La falaise est revêtue du même parement de part et d’autre du fort.
En 1627, le duc de Buckingham, envoyé à la tête d’une flotte de 8.000 hommes au secours de La Rochelle assiégée par Richelieu, jette l’ancre devant Saint Martin le mardi 20 juillet. Il bombarde la citadelle et le fort de la Prée puis débarque le jeudi 25 juillet à Sablanceaux. Vainqueur des 200 cavaliers et 700 fantassins de Toiras, il campe à la Flotte le 28 juillet. Il y installe des compagnies formées de Rochelais et va le lendemain prendre le bourg de Saint-Martin et mettre le siège à la citadelle où Toiras s’est enfermé.
Le 17 octobre 1627 : 7 barques chargées de vivres, de munitions et de quelques soldats forcent le blocus naval anglais et arrivent jusqu’au fort de la Prée qu’elles ravitaillent ainsi pour six mois.
Au 28 octobre 1627, c’est plus de 1.300 hommes armés, embarqués à l’anse du Plomb, qui auront débarqués au fort de la Prée. Il n’y a pas assez de logements dans le fort et plusieurs compagnies campent dans les fossés.
Le 6 novembre 1627 : après une dernière tentative infructueuse pour prendre la citadelle, assiégée depuis trois mois, Buckingham apprend que la garnison de la Prée accourt au secours des assiégés. Pour ne pas être pris à revers, il ordonne un repli vers Loix et l’embarquement de ses troupes. Mais poursuivi et harcelé, sa retraite se transforme en véritable déroute.
Le 28 octobre 1628 ce sera la capitulation de la Rochelle et la décision du roi de raser la citadelle de Saint Martin. Seul le fort de la Prée subsiste mais il est alors jugé trop petit et en 1664 il est agrandi d’une nouvelle enceinte et de nouvelles casernes pouvant ainsi loger 900 hommes.
Avec la visite de Vauban en 1681 le fort est déclaré « fort d’opérette » car il ne peut loger et surtout pas abreuver (absence de puits) la garnison qui serait nécessaire pour assurer la défense du développement des enceintes. Tous les dehors seront rasés et le fort perdra de son intérêt militaire au profit de la forteresse construite à Saint Martin.
En 1934 le fort est déclassé même si les Allemands l’utilisent encore pendant la dernière guerre.
Aujourd’hui le fort de la Prée, classé à l’inventaire supplémentaire du patrimoine, appartient au CNOSAP (Comité National des Oeuvres Sociales de l’Administration Pénitentiaire) qui en assure l’entretien et l’exploite auprès du public.

Illustration-Fort-Pree

Le 24 novembre 1792, l’administration militaire de l’île, décida de faire construire une batterie près de la mer au sommet de la butte dite « des Mottes » à 11 mètres d’altitude, servant à défendre l’entrée du port de La Flotte. Cet ouvrage militaire important, avec corps de garde et four à boulets, fut abandonné après 1815. Les vestiges de ce poste de défense ont été vendus en 1891 ainsi que le terrain sur lequel il était bâti par l’administration des Domaines ; il n’en reste aujourd’hui aucune trace.
Comme indiqué dans sa monographie de La Flotte par Baptiste Bernard « en 1792, la Garde Nationale sous les ordres de Gustave Dechézeaux comprenait des grenadiers, des chasseurs, fusillers, dragons, 40 canonniers et 80 servants dont 6 canonniers et 12 servants pour les pièces de la batterie des Barres ».

A l’origine et avant la construction de la grande jetée, la batterie de la Barbette protégeait l’entrée du port de la Flotte. Mentionnée en ruine en 1716 elle fut reconstruite avant 1755 et était alors armée de trois pièces de canon. Simple épaulement en terre revêtu de pierres sèches en 1811 et de maçonneries en 1826, elle fut désarmée en 1827. Comme indiqué dans la monographie de Baptiste Bernard sur la Flotte « en 1792, la Garde Nationale sous les ordres de Gustave Dechézeaux assurait la présence de 6 canonniers et 12 servants pour les pièces de cette batterie. »

 

A l’intérieur se trouvait une poudrière voûtée et sans étage. Elle devait abriter, outre les boulets des trois pièces de canon, de l’armement léger et individuel destiné à équiper les volontaires à la surveillance et la défense des côtes, les poudres de différente nature et le matériel d’entretien nécessaire au bon fonctionnement de tout le matériel. Elle a disparu lors de l’agrandissement du bureau du port.

Le port Chauvet, attesté à la fin du Moyen Age mais dont l’origine est plus ancienne, était situé dans une dépression de la côte au sud de l’emplacement actuel du fort de la Prée, aujourd’hui séparée de la mer par la route départementale et occupée par des bassins ostréicoles.
Aucune description de ce havre à l’époque de son fonctionnement n’existe.
A une époque ancienne, les droits de passage avaient été transmis par les seigneurs de Ré aux moines de l’abbaye des Châteliers qui établirent un système de fermage. Grâce à une transaction du 3 mars 1445, à l’issue d’un procès opposant les moines et les habitants de l’île, la Cour du gouvernement de la Rochelle fixa le tarif des passages :
Pour un insulaire seul 4 deniers, avec un cheval 15 deniers, avec un cheval et sa charge 20 deniers.
Pour un forain, c’est à dire un non rétais, les tarifs étaient supérieurs !

Au XVIIe siècle, l’entrée de port Chauvet s’étant progressivement colmatée, c’est le bassin du fort la Prée qui servit de port pour le trafic avec le continent.

C’est à la suite du colmatage de port Chauvet que fut mis en exploitation pour les passages vers l’Aunis le bassin du fort de la Prée. Ce bassin, certes peu profond, était entièrement foncé de pierres de taille et disposait d’un escalier pour l’embarquement des personnes ; il était bien défendu contre tous les vents entouré qu’il était par les murailles des fortifications.
Le pouvoir royal s’étant imposé progressivement au détriment du pouvoir seigneurial, c’est l’Intendant de la Rochelle qui procédait alors à l’adjudication des droits de passage à des fermiers moyennant finance, jusqu’à la suppression de ce monopole lors de la Révolution.
Grâce aux registres d’enregistrement des décès de la paroisse de la Flotte nous connaissons le nom de trois de ces fermiers, tous trois négociants à La Flotte :
Pierre GILBERT, qui décède âgé de 42 ans, le 19 septembre 1722.
Pierre VILLENEAU, qui décède âgé de 74 ans, le 4 mars 1783.
Jean BRIGAUD, gendre de Pierre VILLENEAU, qui est le dernier fermier, en 1786.

En 1858, ce petit port de la Prée se montrant insuffisant pour assurer les passages vers la Repentie, l’atterrage en Ré fut reporté à Rivedoux. Le port de la Prée sera définitivement abandonné en 1874.

Si l’actuel port de La Flotte peut laisser penser qu’il a toujours été là et qu’il aurait de tout temps constitué le centre du village, une étude approfondie de divers textes rédigés au travers des siècles montre qu’en fait il n’en est rien. Jusqu’au XVe siècle, un autre port semble avoir existé, au lieu dit « Vieux Port» sur la carte ci-dessous, dont on retrouve la trace dans les textes et sans doute quelques vestiges sur l’estran.

 

Vestiges
Tout d’abord un mur, visible sur une quarantaine de mètres, légèrement en diagonale par rapport au trait de côte, constitué de pierres de Saintonge taillées et appareillées reposant sur un soubassement en déport ;
Ensuite un creusement du rocher, dans lequel sont fixés des troncs d’arbre, fendus en deux pour les plus gros et des assemblages de madriers, formant une espèce de palissade se déployant sur plus de 70 mètres ;
Enfin un grand nombre de fragments de céramiques de toutes époques et 180 pièces de monnaie (sesterces) romaines, le tout récolté sur le site, le plus surprenant étant un tesson de vase grec, identifié comme un pied de lécythe en 2003 par le Service des antiquités grecques de Marseille.
Ajoutons une énorme quantité de pierres de lest qui tapissent le sol, laissées là par les navires venus pour charger du vin pendant des siècles et nous pouvons penser à l’existence d’un port dont le site n’a pour le moment pas fait l’objet de fouilles poussées.

Le port actuel est né de l’évolution au cours des siècles d’une dépression naturelle qui pénétrait loin à l’intérieur des terres. Dans ce bassin les anciens avaient fait un mouillage dont les talus naturels des berges furent progressivement aménagés, notamment en 1586, pour disposer de quais constitués de pieux de bois fichés dans le sol ; l’habillage de la chaussée étant réalisé à bon compte en employant les galets servant de lest aux navires marchands. Ces galets furent ensuite remplacés par des blocs de granit équarris appelés « Pavés du Canada », dès la création de la Nouvelle France au tout début du XVIIe siècle.
Comme tous les ouvrages de bois soumis à l’action périodique de l’eau de mer, les quais se sont progressivement détériorés si bien qu’au début du XVIIe siècle le port est signalé ruiné. Vers 1765, devant le développement des activités commerciales, l’intendant de Louis XV, Gabriel Sénac de Meilhan, décida de remettre le havre en état, en utilisant cette fois la pierre de taille pour les parements verticaux et bordures et les pavés et galets de lest pour le revêtement des chaussées. Il fit protéger de la houle du Nord ce bassin sensiblement rectangulaire par deux petites jetées. Il créa un petit bassin annexe, dont il ne reste pas trace, qui se trouvait au milieu du quai Est (emplacement de l’avenue de la Plage) pour faciliter la manœuvre des plus grands navires.

Au début du XIXe siècle un avant-port fut créé. Pour cela, un môle épousant la forme d’un « S » fut édifié en pierres de taille entre 1840 et 1843, complété par une tour de 9 mètres équipée d’une lanterne en 1848.

Le bureau du port a été édifié en 1861. Derrière lui se trouvait la poudrière de la batterie de la Barbette qui disparaitra lors de l’agrandissement de l’immeuble vers 1960.
Perpendiculairement se trouvait un long bâtiment bas, siège aujourd’hui du syndicat d’initiative. C’était initialement un hangar recevant les agrès et cordages indispensables à la bonne marche d’un port, jusqu’à la disparition de la marine à voile.

Les amers sont des points de repère fixes et identifiables sans ambiguïté, utilisés pour la navigation maritime. Les amers jouèrent un rôle important dans la navigation côtière : ils permettaient de positionner les navires sur la carte lors d’un atterrissage (arrivée sur la côte depuis le large) et de les tenir écarté des dangers peu visibles (écueils, hauts fonds).

A la Flotte deux amers sont particulièrement notables, celui situé sur un toit au fond du port qui, aligné avec le phare, permettait aux navires de ne pas s’écarter du chenal menant au port et celui de l’abbaye des Châteliers longtemps utilisé par les pêcheurs car bien visible du large, étant autrefois peint en noir et dominant la mer de plus de 20 mètres.

De tout temps les seules ressources en pierre dans l’île furent la banche et les pierres de lest. La banche fournissait une pierre calcaire assez fragile qui servait pour les constructions mais que l’on protégeait des intempéries et du gel par un enduit alors que les pierres de lest, en général en granit dur, provenant des gaves et rivières du nord de l’Europe, servaient pour paver les cours intérieures, les venelles ou les quais. La pierre de taille était rare et importée du continent.
Les pierres de lest furent plus tard remplacées par des blocs équarris, manufacturés, appelés « pavés du Canada », dès la création de la Nouvelle France, au tout début du XVIIe siècle, pour assurer un certain trafic de retour aux négociants. On peut voir un bon exemple des deux types de revêtements qui se côtoient sur le sol du quai Est.

Jusque vers 1830 un marais salant était en exploitation à la Flotte au lieu dit « Le Marais » aujourd’hui loti.

A la veille de la Révolution, le propriétaire du marais que l’on appelait alors Bourgeois de marais, était un dénommé Charles ROYER boulanger à La Flotte. Les actes notariés permettent de savoir qu’il reprit de fonds en comble toutes les aires de marais « qui avaient dans le principe étaient mal faittes, trop petites et n’ayant point assez de vivres et abreuvoirs pour leur fournir l’eau nécessaire et les mettre à même de sauner » et en obtint 70 bonnes aires au lieu des 85 achetées.
Sa production moyenne annuelle était de 20 ou 25 tonnes de sel
Les années 1781 à 1784 furent caractérisées par une excellente saunaison, mais en contrepartie des cours du sel effondrés. Si les années 1789 et 1790 virent les cours remonter, les années 1793 et 1795 virent les rades fermées au négoce par les Anglais qui bloquèrent régulièrement les Pertuis. Pendant toute la période impériale, ils réussirent même à interrompre tout commerce avec l’étranger au point qu’en 1816 et 1817 on enlevait des sels qui étaient restés sur les bosses depuis 1802 !

A marée basse, un ballet de tracteurs s’active dans les parcs pour y décharger les poches à huîtres ; il faudra tous les deux mois les retourner sur leur table pour que les huîtres deviennent bien rondes et bien pleines. D’autres ostréiculteurs entretiennent leur parc, enlèvent la vase ou les algues qui s’accumulent et risquent d’empêcher une bonne croissance, notamment du naissain, minuscules bébés huîtres, qui se fixe sur des tubes en plastique et qui ne pourra être dégusté que dans trois ans.
A terre dans leurs hangars, les ostréiculteurs préparent leurs huîtres, les nettoient, les calibrent avant de les expédier vers les marchés.

Le préau

Les écluses constituaient des pêcheries bien adaptées aux estrans rocheux de l’île de Ré ; construites en pierres sèches extraites sur place de la banche, ces pièges à poisson enclavaient une portion de l’estran ; ceinturées d’un long mur, en forme de demi-lune que la mer recouvrait à marée haute, à la marée descendante le poisson s’y trouvait piégé.
La nature de la côte et le trafic maritime limitèrent le nombre d’écluses construites à la Flotte où six seulement furent en exploitation contre une cinquantaine à Sainte Marie !

 

Écluses de la Flotte

La Prée, dont la restauration fut refusée en 1873 comme écueil à la navigation.
Les Moines, construite de temps immémorial, citée en 1727, 1765, 1819 à moitié abattue, reconstruite en 1874, citée en 1911, était détruite avant 1972.
Les Echallés, qui appartenait en 1750 à Louis Thibaud sieur de la Vallée, dont la restauration fut refusée en 1873 comme écueil à la navigation et citée comme détruite en 1957.
La Combe-de-la-Mothe, citée en 1727, en exploitation en 1911, détruite avant 1984.
La Seconde-Combe-de-la-Mothe, citée en 1727, en exploitation en 1875, détruite avant 1984.
Le Petit Preau, détruite par L. Thibaud laboureur et propriétaire sur ordre de l’Amirauté en 1721.

Historique
L’origine de l’église Sainte Catherine d’Alexandrie est fort ancienne.
Construite sur une butte pour être ainsi à l’abri des vimères et en bordure de la raise flottaise qui reliait, au Moyen Âge, Rivedoux à Saint Martin et au Bois en passant par La Flotte, il est probable qu’elle ne fut d’abord qu’une simple chapelle des seigneurs de Mauléon dont le château se trouvait, pense-t-on, juste au nord de l’édifice.
Elle est mentionnée dans un texte pour la première fois en 1402, dans le pouillé dit « Pancarte de Rochechouart » ; nous sommes alors en pleine guerre de Cent Ans (1337-1459) sous suzeraineté anglaise et le bourg de La Flotte sera alors pillé à plusieurs reprises ; il est probable que les bâtiments eurent à en souffrir. De cette église primitive subsistent les premières travées du mur-gouttereau du midi avec le lavabo de purification et la souche du clocher.
Pendant les guerres de religions (1560-1595), l’île de Ré fut à nouveau au centre des conflits et dominée tantôt par les protestants et tantôt par les catholiques. Les premiers dévastèrent les églises et les seconds les temples des réformés. L’église de La Flotte était ainsi ruinée en 1575, les voûtes gothiques et toutes les statues avaient disparues sous le marteau des réformés.
Quand Henri IV eut ramené la paix religieuse, l’église fut relevée à nouveau de ses ruines par les habitants qui demandèrent qu’elle soit constituée en paroisse indépendante ; jusque-là, elle n’était qu’une fillette de Saint Martin. Et c’est en juillet 1598, que monseigneur Nicolas le Cornu, évêque de Saintes, érigera l’église de La Flotte en paroisse.
Au début du XVIIe, nouvelles destructions : voici ce qu’a écrit le curé d’alors : « Le 25 aoust 1624, jour de St Louys roy de France, la Grande messe fust célébrée au grand autel lequel avait été renversé par terre ensemble l’église ruinée l’an 1622 au mois de mars par les parpayeaux ».
Les principaux dégâts sont réparés en 1627. En 1632 une nouvelle cloche, offerte par Richelieu, est baptisée. En 1741, l’église, « trop petite pour contenir tout le peuple », est agrandie, donnant au bâtiment une forme assez curieuse : orientée vers le sud-est (vers Jérusalem), elle ne présente pas la forme traditionnelle d’une croix mais celle d’une large salle (24 m x 52 m) composée d’une nef et de deux collatéraux de même longueur, pouvant rassembler près de 2.000 personnes et faisant de notre église l’une des plus grandes du diocèse. En 1765 le clocher sera surhaussé de six mètres.
La Révolution, surtout les mois de la Terreur (1793), fut une période bien troublée pour notre église : Le 29 octobre 1793, la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité, réunis dans la ci-devant église, décida qu’elle aurait dorénavant pour inscription écrite en gros caractère au dessus de la porte principale : Temple de la Vérité et que toutes les décorations relatives au culte seraient enlevées. Puis le 22 novembre 1793, le Conseil général de la commune ordonna que les vases sacrés, les ornements religieux et les objets en métal précieux soient remis au district de La Rochelle, (même les bancs furent vendus aux enchères publiques) mais on ne toucha pas aux bâtiments qui servirent de salle de réunion à la Société Populaire. Enfin, le 9 décembre 1793, à la demande du Comité de surveillance, l’un des confessionnaux fut réquisitionné pour servir de guérite sur le port afin que le factionnaire de garde puisse s’y mettre à l’abri. Il faudra attendre 1795, une fois la Terreur passée, pour que l’église soit ré-ouverte au culte.
Depuis de nombreux aménagements ont été réalisés et en 1993 une restauration complète de toute l’église fut réalisée : vitraux, décorations murales, tableaux, portes, chemin de croix, bancs, etc….

Ce qu’il faut voir dans l’église
(L’abréviation M.H. signifie Classé Monument Historique)

Dans le chœur 
Deux autels
  • Autel tombeau du XVIIIe, décoré d’un écusson présentant la Vierge écrasant le serpent. Tabernacle à ailes M.H. Retable architecturé à colonnes daté de 1764. Tableau : Ste Catherine transportée sur le Sinaï. Copie par l’abbé Voyé en 1877 de l’œuvre de Karl Heinrich Mücke (1806-1891)
  • Autel table, daté 1770, autrefois maître-autel. Statuettes en plâtre dorées, représentant de gauche à droite St Eutrope, Ste Philomène, St Pierre, le Bon Pasteur, St Paul, Ste Thérèse, St Dominique.
Deux peintures
  • Martyr de sainte Catherinepar Duronnel en 1683 M.H.
  • Christ sortant du tombeau. Peinture à l’huile sur le bois du lambris, datée fin XVIIIe.
Dans la nef
Deux maquettes classées M.H.
  • Le Saint-Pierre XVIIIe
  • Le Jeanne d’Arc XIXe
Christ en croix classé M.H. (Face à la chaire).
Dans le collatéral de droite 
Tombe (Dans l’allée)
Pierre tombale de René de Mondion, commandant du fort de la Prée, inhumé en 1635.
Cloche
Cloche M.H. Offerte par Richelieu en 1632. Descendue du clocher en 1955, en raison de l’usure des anneaux de soutien et d’une cassure.
Dans le collatéral de gauche
Autel
Autel tombeau du XIXe Retable architecturé à colonnes daté 1767 Tabernacle à ailes, M.H., par A. Ragon, daté 1683, avec décor sculpté de St Pierre et St Paul. Dans la niche, Vierge à l’enfant, M.H., en plâtre début XIXe
Dans l’entrée
Cinq tableaux classés M.H.
  • Fin XVIIIPrésentation de Jésus au temple.
  • Christ bénissant par Charles Louis Muller (1815-1892).
  • Ecce Homo, Offert en 1765 par le Jacques Goguet.
  • Christ bénissant (Salvator mundi) Offert en 1765 par le Jacques Goguet. Restauré en 2012
  • Peinture à l’huile sur toile, auteur inconnu. Mise au tombeau Restauré en 2012
Deux ex-voto classés M.H.
  • La Marie Thérèse. Offert par le capitaine Louis Houin pour avoir été sauvé d’un naufrage au retour de Louisbourg (Nouvelle France) en 1753.
  • La Brune. Peinture à l’huile sur toile. Chaloupe gréée au tiers, à demi submergée par une déferlante.
Les vitraux, tous classés M.H.
Tous les vitraux de l’église sont de Jean Besseyrias, peintre verrier à Périgueux, et datés de 1875/1878.
Portail sud (Dans la rue) – Classé M.H.
Sculpture flamboyante du XVe : chapiteaux à feuillages, fleuron de couronnement, pinacles, gâble aux rampants chargés de choux frisés en crochet et de feuilles.

Saint-Pierre

Maquette sur berceau en bois peint – Longueur totale 170 cm. Coque construite sur membrures.
Armement 20 canons : 18 pièces sur les flancs en batterie couverte, 2 pièces de fuite à la poupe.
Figure féminine en pied sculptée à la proue. Gréement en 3 mâts carré.
Maquette d’un bâtiment de guerre de la fin XVIIIe. L’inscription St. Pierre île de ré peinte à la poupe est probablement beaucoup plus tardive et ne correspond manifestement pas au nom d’origine. On peut se demander si la figure de proue ne représente pas Jeanne d’Arc; en ce cas les noms de la corvette et de la goélette ci-après auraient été intervertis.

 

Jeanne d’Arc

Maquette sur berceau en bois peint – Longueur totale 190 cm.
Coque construite sur membrures. Gréement en goélette franche à 3 mâts
Maquette de bâtiment de commerce faite vers le milieu du XIXe

 

La Marie Thérèse

Louis Houin pratiquait le commerce avec l’Espagne, les Antilles et le Canada. Le 4 avril 1753 à la suite d’une tempête, un ex-voto du bateau « La Marie Thérèse » qu’il commandait fut offerte à l’église de La Flotte. Cet ex-voto représente un bateau rétais de moyen tonnage du milieu du XVIIIe, fuyant devant la tempête, sur une mer démontée, voiles en lambeaux. La déclaration des pertes faite à l’Amirauté permet de savoir que cette goélette revenait de Louisbourg en Nouvelle France, où elle avait porté du sel et embarqué de la morue. Elle avait subi des avaries à l’aller et au retour. Son armement et mise hors avait coûté 7.262 livres. Malgré l’image tragique qu’en donne l’ex-voto, le navire a peu souffert puisque ses avaries ne se sont montées qu’à 214 livres. A l’aller le chargement était de 516 boisseaux de sel (environ 18,5 tonnes). Pour le retour le navire avait chargé 690 quintaux de morue, vendus tant à Ré qu’à Bordeaux.

 

La Brune

Chaloupe à 2 mâts, gréée au tiers, à demi submergée par une déferlante.
Inscription partiellement disparue : Perdition de la chaloupe la Brune montée du pilote F(el)ix PONCET et des h(omm)es A(med)ée DELAGE et B(enoi)t BERNARD engagée dans les coups de mer du passage de……Ce texte relevé en 1973 a été légèrement modifié depuis par une restauration erronée.

Sont regroupés actuellement dans le port une dizaine de bateaux anciens appelés habituellement « vieux gréements », dont certains sont représentatifs des voiliers de pêche d’autrefois. Plusieurs d’entre eux sont classés monument historique. A terme, une quinzaine de bateaux devrait trouver place dans le port pour constituer une collection remarquable et vivante. Ces bateaux sont le volet vivant maritime de la maison du Platin.

Laisses les dire
Sloup ostréicole construit en 1930 par le chantier Bernard à la Tremblade, Laisses les dire, pendant 50 ans fut utilisé pour le travail sur les parcs à huîtres. Racheté en 1985 par un passionné du patrimoine maritime, Laisses les dire fut restauré par le chantier Paraveau à la Cayenne ; son étrave droite, son arrière en demi-cul-de-poule, sa quille longue, son faible franc bord et sa petite coupée dans le pavois pour faciliter les manutentions quand le bateau est posé sur les parcs justifiaient pleinement cette restauration et le classement comme Monument Historique obtenu en 1996.

 

Général Leclerc

Canot mytilicole bien adapté au travail dans des eaux peu profondes : coque large et volumineuse pour la capacité de charge, un fonds plat muni d’une dérive pour la stabilité à l’échouage, un franc-bord réduit pour faciliter les manutentions. Construit par le chantier Durand de Marans en 1949, le Général Leclerc est le dernier survivant de ces bateaux de travail. Il a été classé Monument Historique en 1996.

 

Amphitrite

Sloup de pêche à tableau, construit en 1927 au chantier Bernard à la Tremblade, Amphitrite, équipé d’un chalut à perche, de casiers et d’un filet, fut utilisé pour la petite pêche pendant plus de 60 ans. Désarmé en 1987 et abandonné dans le port de Marennes, il fut alors acheté par un amateur qui le fit restaurer par le chantier Paraveau à la Cayenne.
Depuis, Amphitrite passé à la plaisance navigue à nouveau dans les Pertuis. Bon marcheur, il a remporté de nombreux trophées. Classé Monuments Historiques en 2012.

 

Père Gabriel

Le Père Gabriel, dont la construction commencée en 1942 ne fut terminée qu’en 1949 par Albert Paraveau à Marennes, eut une longue carrière à la pêche et au travail des huîtres jusqu’en 1991. Conçu dès l’origine pour être motorisé il a gardé les formes fuselées et éprouvées des voiliers avec une quille longue et une proue bien défendue. Ses lignes d’eaux se prolongent à l’arrière par une petite voûte dite demi-cul-de-poule. C’est à Mornac que son gréement fut créé en 1996.
Ce bateau navigue régulièrement et participe aux grands rassemblements jusqu’en Bretagne.
Inscrit en 2009 à l’inventaire des Monuments Historiques.

 

Rivoallan

Sloup de pêche construit en 1951 par le chantier Massé à la Menounière dans l’île d’Oléron, Rivoallan était destiné à la pêche en mer au large de la Cotinière, un rivage peu hospitalier où la mer est souvent difficile. Le bateau est donc bien défendu, assez haut de franc bord, d’une construction simple avec un gouvernail sur le tableau. Restauré, un petit rouf abritant deux couchettes permet la croisade côtière.

 

Aurore
L’histoire de l’Aurore commence en 1926 au chantier René Mignon de Marennes pour le compte d’une famille d’ostréiculteurs du chenal d’Ors sur l’île d’Oléron. Le bateau servit aussi de temps en temps pour la pêche au chalut ou pour la drague des pétoncles. Acquis en 1960 par André Calixte, pêcheur de Saint Martin, l’Aurore, témoin d’une longue histoire de labeur, exercera son métier jusqu’en 2000. Racheté il est alors restauré par le chantier Daniel Despierre de la Rochelle. Le bateau est alors sérieusement révisé, semi-ponté avec une baignoire et regréé.
Inscrit en 2009 à l’inventaire des Monuments Historiques.

 

Petit Normandie
Ce sloup a été construit en 1945 sur dommages de guerre par les chantiers Bernard à la Tremblade. Son nom fait référence au paquebot Normandie très populaire dans ces années d’après la deuxième guerre mondiale.

 

Léon Charlotte
Sloup creux construit en 1990 par les Ateliers de l’Enfer de Douarnenez sur des plans signés Léon Angibaud charpentier à La Flotte et datés de 1914. Réalisé dans le cadre d’un stage de formation et exposé devant la Maison du Platin, Léon-Charlotte sera achetée par un plaisancier qui en confiera les finitions à Eric Maturi, charpentier de marine aux Portes en Ré.
Ce joli petit sloup a une étrave droite, un arrière pointu et un gouvernail articulé sur l’étambot, qui rappelle les formes des gazelles des Sables.

 

Vagabond
Ce côtre construit à Saint Nazaire par les chantiers Baudet en 1927 a été entiérement reconstruit vers 1985 par les chantiers Paraveau à Marennes. A l’origine sloup sardinier, il a été réaménagé pour la plaisance : adjonction du pont avec baignoire, réfection du gréement.

 

Quay Largo

Quay Largo, petit canot, a été dessiné par Michel Joubert, l’architecte naval rochelais, en extrapolant les plans du sloup Amphitrite. Il a été construit par Jean-Claude Paraveau, à Marennes, en acajou sur membrures ployées en acacia, au début des années 1990.
Il est gréé avec une voile au tiers.

 

Monsieur Pipo

Côtre de plaisance construit sur le bord de la Gironde en 1949, ce bateau est l’un des derniers exemplaires des unités de ce type : dériveur à cabine en construction traditionnelle.

Un type particulier de bateau, silhouette caractéristique de nos Pertuis, s’est développé et a évolué au fil des générations et en fonction du type de travail, par l’inter-action dans les Pertuis, des rivières, canaux, étiers et marais avec la terre.
Bas sur l’eau parce que la mer lève peu dans les Pertuis, solide pour travailler en tout endroit, ce sont des qualités que l’on demande à ces bateaux tant pour l’ostréiculture (Seudre, Oléron, Ré, Aix) que pour la mytiliculture (baie de l’Aiguillon, Charente) ou la pêche dans les courreaux.
Faible tirant d’eau car tous ces bateaux doivent pouvoir remonter les rivières, les canaux, les étiers loins dans les terres (Seudre, chenal de Brouage, chenal de l’Eguille, Charente, Sèvre…) et larges pour porter de lourdes charges.
Ils doivent conserver des qualités marines d’évolution non négligeables.
Leur longueur, de 6 à 7 m. avant la première guerre reste constante jusqu’à la motorisation (années 20/30) puis s’augmente peu à peu jusque 11 à 12 m. pour s’uniformiser avec la suprématie du moteur dans les années 50/60.
A tableau, cul de poule, 1/2 cul de poule pour l’arrière.
Avant droit, bec de canne, en cuiller, incliné pour l’avant, chaque constructeur a son style, sa signature.
De même, les coques sont à fond plat, à bouchain, en forme.
Mais, peu à peu, les techniques évoluent, les générations changent ainsi que la rapidité des interventions et c’est un véritable désarmement général des bateaux bois qui s’effectue actuellement dans nos pertuis au profit de chalands plus légers et plus rapides.

Localisation du patrimoine existant